Jour 3 — Structure financière, liquidité, décision de cotation et enjeux actuels

Analyse financière et stratégique · INSEEC MSc

Programme de la journée

Horaire Bloc Durée Activité / quête
9:00 3.0 Ouverture / rappel J2 10 min Objectifs, méthode en 6 étapes
9:10 3.1 Étape 4a — Fonds propres retraités 45 min FPNR, écart d’acquisition, impôts différés
9:55 3.2 Exercice — CP3 Fonds propres 60 min Cas pratique en binômes
10:55 3.3 Étape 4b — Endettement retraité 40 min Hybrides, hors-bilan, IFRS 16, focus Orpéa
11:35 → 12:00 3.4 Exercice — CP4 Endettement 45 min Cas pratique (25 min avant la pause, 20 min après 13:30)
13:50 3.5 Autonomie financière 20 min CAFr, capacité de remboursement
14:10 3.6 Étape 5 — Liquidité 40 min 4 phases, focus Casino · Quête 8 (optionnel)
14:50 3.7 Étape 6 — Décision de cotation 30 min Cote, profil qualitatif · Quêtes 3 et 6 (optionnel)
15:20 3.8 Veille réglementaire 15 min CSRD, IFRS 16/18, AMF · Quête 7
15:35 3.9 ESG et extra-financier 20 min DPEF → CSRD, ESG et ratios · Quête 9
15:55 3.10 Synthèse, examen et suite 35 min Récap des 6 étapes, examen, retour sur le cours

Pause déjeuner : 12:00 → 13:30. Total hors pauses : 360 min.

Objectifs

À la fin de la journée, vous saurez :

  • retraiter les fonds propres (FPNR, impôts différés, écarts de conversion) ;
  • calculer l’endettement financier retraité et le taux d’endettement ;
  • évaluer l’autonomie financière (CAFr, capacité de remboursement) ;
  • apprécier le risque de liquidité à 24 mois ;
  • justifier une décision de cotation en 4 phases ;
  • situer les enjeux réglementaires et extra-financiers (CSRD, IFRS 16/18, ESG).

Bloc 3.0 — Ouverture et rappel du Jour 2

La méthode en 6 étapes — Jour 3 : étapes 4, 5 et 6

flowchart LR
  E1["1<br/>Environnement,<br/>stratégie<br/>Jour 2 ✔"]
  E2["2<br/>Information<br/>(examen critique)<br/>Jour 2 ✔"]
  E3["3<br/>Performances<br/>Jour 2 ✔"]
  E4["4<br/>Structure<br/>financière<br/>▶ AUJOURD'HUI"]
  E5["5<br/>Liquidité<br/>▶ AUJOURD'HUI"]
  E6["6<br/>Décision<br/>de cotation<br/>▶ AUJOURD'HUI"]
  E1 --> E2 --> E3 --> E4 --> E5 --> E6

Bloc 3.1 — Étape 4a : fonds propres retraités

Les fonds propres : une résultante

  • Fonds propres = actifs − dettes : ils dépendent de la valorisation de chaque poste.
  • Postes « classiques » : immobilisations, stocks, créances…
  • Postes propres à la consolidation : écarts d’acquisition, impôts différés, intérêts minoritaires, provisions pour retraite, écarts de conversion.
  • Question de l’analyste : quelle est la valeur effective des fonds propres (risque de non-valeurs) ?

Fonds propres nets réduits (FPNR)

Astuce

\[\text{FPNR} = \text{FP} - \text{écart d'acquisition élargi} - \text{IDA} - \text{écarts de conversion positifs}\]

Ce que mesure le FPNR : la valeur des fonds propres une fois retirés les actifs dont la valeur n’est pas assurée ; un FPNR très inférieur aux fonds propres publiés est un signal d’alerte.

L’écart d’acquisition « élargi »

Composante Pourquoi la retirer
Écarts d’acquisition (goodwill consolidé) Valeur de la prime payée, non cessible séparément
Fonds de commerce Incorporel de même nature (clientèle)
Parts de marché Valeur liée à la position commerciale acquise
Marques acquises À apprécier : retirer si non cessibles ou non valorisables seules

Écart d’acquisition élargi = somme des composantes jugées non cessibles.

Plafonner l’écart d’acquisition : la règle des 10 × RNR

Dérivation du plafond

  1. Un achat est justifié s’il se rembourse par les profits de la filiale sur un horizon raisonnable : 10 ans par défaut.
  2. Profits annuels de la filiale ≈ son RNR, donc profits sur 10 ans ≈ 10 × RNR.
  3. Écart d’acquisition justifié = min(écart d’acquisition ; 10 × RNR de la filiale).
  4. Excédent = écart d’acquisition − 10 × RNR, s’il est positif : on l’assimile à une non-valeur, à déduire des fonds propres.
  5. Sans détail par filiale : comparer l’écart d’acquisition global à 10 × RNR du groupe.

L’horizon se raccourcit ou s’allonge selon le secteur et la visibilité sur les rendements.

Exemple — plafond de 10 × RNR

K€
Écart d’acquisition de la filiale 120 000
RNR de la filiale 8 000
Plafond = 10 × RNR 80 000
K€
Excédent (non-valeur) 40 000

→ Cet excédent est déduit des fonds propres, en plus des autres retraitements du FPNR.

Impôts différés : d’où viennent-ils ?

  • Différence entre l’impôt économiquement justifié et l’impôt exigible.
  • Trois origines :
    1. décalages entre comptabilité et fiscalité ;
    2. effet fiscal théorique des retraitements de consolidation (déficits reportables) ;
    3. fiscalité latente sur les réévaluations lors d’une acquisition.
  • IDA (actif) : économie d’impôt future ; IDP (passif) : impôt futur à payer.

Exemple 1 — provision de 120 K€ (IDA)

Une société provisionne 120 K€ d’engagements de retraite. Taux d’IS : 25 %.

Comptes sociaux Comptes consolidés
Charge de provision 120 K€ 120 K€
Déductibilité fiscale Non, seulement au paiement Prise en compte immédiate
Effet sur l’impôt Résultat fiscal + 120 K€ Impôt différé constaté

IDA = 120 × 25 % = 30 K€ (et non 40 K€, qui correspond à l’ancien taux de 33⅓ %).

Exemple 2 — amortissement dérogatoire (IDP)

Dotation aux amortissements dérogatoires de 100 K€ dans les comptes sociaux.

Étape Montant
Dotation dérogatoire annulée en consolidation (résultat avant impôt) + 100 K€
Impôt différé passif correspondant 100 × 25 % = 25 K€
Résultat consolidé net d’impôt + 75 K€

Le support d’origine utilisait 34,4 % : l’exemple est refait au taux de 25 %.

Impôts différés : règles de traitement

Situation Traitement dans les fonds propres
Aucun détail sur la composition Excédent de l’IDA net (IDA − IDP) = non-valeur
IDA lié à des provisions (dont retraites) On diminue la provision correspondante
IDA sur déficits reportables Retirer la part non récupérable dans les 2 ans
IDP sur réévaluation d’actifs À nuancer si la cession est improbable (actifs stratégiques)

Si l’IDA dépend d’une filiale qui annonce des pertes, la récupération n’est pas assurée.

Écarts de conversion, minoritaires, retraites

Poste Nature Retraitement
Écarts de conversion Plus ou moins-values latentes de change sur les filiales étrangères Garder la part acquise ; retirer la part fluctuante si positive
Intérêts minoritaires Associés minoritaires d’une filiale intégrée globalement Risque de retrait : engagement de rachat à traiter en dette
Engagements de retraite Indemnités de fin de carrière, compléments, prévoyance Doivent être provisionnés ; sinon retraiter (net d’impôt)

Pour aller plus loin

Bloc 3.2 — Exercice : CP3 Fonds propres

Cas CP3 — contexte et comptes

Groupe laitier de produits ultra-frais, leader européen, présent en franchise dans de nombreux pays. Marges régulières, mais exposé aux cours du lait et aux devises hors euro.

K€ N-2 N-1 N
Immobilisations incorporelles 284 950 344 983 350 076
dont fonds de commerce 20 000 20 000 20 000
dont marques 148 999 148 999 148 999
dont parts de marché 105 000 160 000 160 000
Écarts d’acquisition 228 022 290 531 285 898
Impôts différés actif 34 288 52 682 63 326
Capitaux propres totaux 390 593 498 756 562 955
dont écarts de conversion − 1 843 3 948 47 335
Provisions pour IDP 0 0 0
Résultat courant avant impôt 56 909 75 582 89 764
Charge d’impôt 15 943 18 347 25 741

Cas CP3 — détails

Impôts différés actif (K€) N-2 N-1 N
Total 34 288 52 682 63 326
dont décalage temporel 6 510 14 824 9 174
dont déficits reportables 27 500 37 025 52 045 (*)

(*) dont 27 M€ sur une filiale étrangère en difficulté (pertes attendues sur les deux prochains exercices) et 25 M€ sur des filiales françaises.

Écarts de conversion (K€) N-2 N-1 N
Total − 1 843 3 948 47 335
dont opérations hors zone euro − 900 + 2 509 + 44 520

Exercice — CP3 Fonds propres

Exercice 1 (CP3 — Analyse critique des fonds propres) Tâche : procéder à l’analyse critique des fonds propres du groupe sur N-2, N-1 et N : calculer le FPNR, justifier chaque retraitement (écart d’acquisition élargi, impôts différés, écarts de conversion) et commenter l’évolution.

Données : les deux diapositives précédentes (en K€).

Convention : taux d’IS de 25 % ; RNR ≈ ¾ × RCAI. Si le corrigé du support d’origine indique ⅔, cette convention est obsolète (taux de 33⅓ %) : utilisez ¾, ou la charge d’impôt réelle lorsqu’elle est connue.

Format : binômes, restitution d’un tableau de retraitement et de 5 lignes de commentaire.

Durée : 60 minutes.

Bloc 3.3 — Étape 4b : endettement retraité

Quels éléments dans l’endettement financier ?

  • Titres hybrides
  • Comptes courants d’associés
  • Engagements hors bilan
  • Trésorerie disponible (si l’on raisonne en dette nette)

Astuce

\[\text{Taux d'endettement} = \frac{\text{endettement financier retraité}}{\text{fonds propres retraités}}\]

Ce que mesure le taux d’endettement : la part des ressources de financement fournie par les créanciers, après retraitements, par rapport aux fonds propres.

Titres hybrides

Instruments mi-dette, mi-fonds propres : OCA, ORA, TSDI…

Traitement Quand ?
Maintenus dans l’endettement Remboursement probable, clause de remboursement
Neutralisés de l’endettement Conversion en actions quasi certaine
Assimilés aux fonds propres Perpétuels, subordonnés, absorbent les pertes

Le choix dépend des caractéristiques du titre : lire les conditions d’émission.

Comptes courants d’associés

Neutralisation possible de la dette si :

  • le soutien des associés est acquis et pérenne ;
  • les apporteurs sont connus et ne sont pas cotés défavorablement ;
  • l’endettement est faible et constitué surtout de comptes courants.

Ils peuvent être ajoutés aux fonds propres s’ils sont bloqués et incorporables au capital à terme.

Hors-bilan : deux listes

À retraiter systématiquement

  • crédit-bail, location financière, locations simples fermes et irrévocables ;
  • créances mobilisées (effets escomptés non échus, Dailly, affacturage) ;
  • engagement ferme de rachat des minoritaires.

Selon l’importance et la probabilité du risque

  • risques sur sociétés non intégrées globalement ;
  • sociétés de personnes, cautions et autres sûretés personnelles ;
  • engagement optionnel de rachat des minoritaires.

Trésorerie disponible au remboursement

Si l’on retient une dette nette, toute la trésorerie est-elle disponible ?

  • Est-elle due à un décalage ponctuel entre encaissements et décaissements ?
  • Est-elle déjà pré-affectée (acquisition à court terme, investissements, gros dividende) ?
  • Est-elle captive (filiales étrangères, restrictions de remontée de cash) ?

Si oui : ne pas la déduire en totalité de la dette.

IFRS 16 — avant et aujourd’hui

Avant (IAS 17)

  • Locations simples hors bilan, loyers dans les charges d’exploitation.
  • Engagements de loyers en annexe.
  • Fin 2016, pour 80 grands groupes : 82,7 Md€ d’engagements de location, soit 12,5 % de leurs capitaux propres.

Aujourd’hui (IFRS 16, depuis le 1er janvier 2019)

  • Presque tous les contrats au bilan du preneur : droit d’utilisation à l’actif, dette locative au passif.
  • Le loyer disparaît de l’EBE ; il est remplacé par amortissement + intérêts.
  • Effet mécanique : EBE plus haut, endettement plus haut.

Erreur fréquente : EBE post-IFRS 16 et dette hors loyers

Mélanger deux périmètres

Calculer dette nette / EBE avec un EBE après IFRS 16 (plus élevé, car les loyers en sont sortis) mais une dette sans la dette locative donne un ratio artificiellement bas.

Règle : même périmètre au numérateur et au dénominateur. Soit EBE après IFRS 16 et dette locative incluse ; soit EBE avant loyers retraités et dette hors loyers.

Focus — Orpéa (2022)

Focus — Orpéa (2022) — À mi-2021, le ratio dette nette/EBE d’Orpéa est de 3,7× en excluant la dette immobilière, mais de 11,4× sur la dette totale. Pour la Lettre Vernimmen, combiner l’EBE post-IFRS 16 et une dette hors loyers « relève de l’illusion ».

Leçon : un ratio « retraité » flatteur doit toujours être confronté à sa version brute ; le choix de l’agrégat de dette change la conclusion.

Pour aller plus loin

Bloc 3.4 — Exercice : CP4 Endettement

Cas CP4 — contexte

  1. Organisation financière : trésorerie centralisée à la holding ; trésorerie et dette concentrées sur quelques filiales opérationnelles ; minoritaires non significatifs. 5 M€ placés dans une banque chinoise pour un projet industriel.
  2. Autres dettes : un crédit-vendeur de 12 M€ pour l’acquisition d’une société industrielle.
  3. Hors-bilan : caution de 10 M€ sur une société partenaire détenue à 35 % (mise en équivalence), en grande difficulté ; redressement judiciaire probable.
  4. Immeuble du siège porté par une société détenue par les associés, non consolidée : engagements bancaires d’un encours moyen de 9 M€.
  5. Mobilisations de créances : 12 M€ détectés lors du rapprochement avec les risques, supérieurs à ce que montre le bilan.

Cas CP4 — extrait des comptes

K€ N
Valeurs mobilières de placement 15 334
Disponibilités 44 413
Dettes financières 59 010
dont emprunts auprès des établissements de crédit 52 527
dont concours bancaires et soldes créditeurs 6 979
dont crédit-bail 6 103
Autres dettes 50 447
Hors-bilan : effets escomptés non échus et autres créances cédées 7 677

Exercice — CP4 Endettement

Exercice 2 (CP4 — Retraitements de l’endettement) Tâche : au vu des informations, quels retraitements effectuez-vous ? Pour chaque élément (1 à 5), dites s’il est ajouté, neutralisé ou ignoré, et justifiez. Déduisez l’endettement financier retraité brut puis net.

Données : les deux diapositives précédentes (en K€, textes en M€).

Format : binômes, un tableau « élément · traitement · montant · justification ».

Durée : 45 minutes (25 min avant la pause, 20 min après).

Bloc 3.5 — Autonomie financière

Capacité d’autofinancement récurrente (CAFr)

Astuce

\[\text{CAFr} = \tfrac{3}{4}\times \text{RCAI} + \text{dotations nettes d'exploitation}\]

Ce que mesure la CAFr : le flux de trésorerie que l’activité courante peut consacrer au remboursement de la dette, net d’impôt (taux de 25 %).

Le support d’origine indiquait ⅔ : c’était l’ancien taux d’IS de 33⅓ %. Utiliser ¾, ou l’impôt réel si les déficits ou les impôts différés faussent le taux.

Capacité de remboursement et couverture des échéances

Astuce

\[\text{Capacité de remboursement} = \frac{\text{endettement financier retraité}}{\text{CAFr}}\]

Ce que mesure la capacité de remboursement : le nombre d’années de CAFr nécessaires pour rembourser la dette retraitée.

Couverture des deux prochaines échéances : CAFr > échéance MLT N+1 et CAFr > échéance MLT N+2.

Exemple — CAFr et remboursement

K€
RCAI 100 000
Dotations nettes d’exploitation 40 000
CAFr = 75 % × 100 000 + 40 000 115 000
Endettement financier retraité 345 000
Capacité de remboursement 3,0 ans

Avec ⅔ (ancien taux), on obtiendrait une CAFr de 106 667 K€ : l’erreur de taux sous-estime la CAFr d’environ 7 %.

Bloc 3.6 — Étape 5 : liquidité

Analyser la liquidité à 24 mois

  • Objectif : le groupe peut-il honorer ses engagements financiers dans les 24 mois ?
  • On regarde la génération de trésorerie (tableau de flux) et la capacité à dégager des ressources internes en N+1 et N+2.
  • Quatre phases :
    1. statique ;
    2. dynamique ;
    3. prospective ;
    4. risques financiers.

Phase 1 — Analyse statique

Détecter un déséquilibre structurel, une évolution sensible ou un décaissement à court terme qui pourrait créer une impasse.

Indicateur Lecture
FRNG Marge de sécurité de long terme
FRNG / BFR Le fonds de roulement finance-t-il le besoin ?
Trésorerie nette / FP Poids de la trésorerie nette dans les fonds propres
Δ trésorerie nette / FP Évolution sur l’exercice

Phase 2 — Analyse dynamique

Capacité récurrente du groupe à générer de la liquidité.

Astuce

\[\frac{\text{FTA}}{\text{CA}}\] où FTA = flux de trésorerie lié à l’activité.

Ce que mesure FTA/CA : la part du chiffre d’affaires qui se transforme en trésorerie d’exploitation.

À suivre chaque année par composante (marge, BFR) et sur plusieurs années pour préparer la prospective.

Phase 3 — Analyse prospective

Astuce

\[\text{FTD} = \text{FTA} - \text{investissements de maintien} - \text{dividendes}\]

Ce que mesure le FTD : la trésorerie réellement disponible pour rembourser la dette.

Test à 24 mois :

  • Ressources N+1 − échéance MLT N+1 > 0 ;
  • Ressources N+2 − échéance MLT N+2 > 0.

Phase 4 — Risques financiers

Risque Question
Taux Effet d’une hausse des taux, degré de couverture
Change Exposition du CA et des achats, couverture
Matières premières Capacité à répercuter une hausse des cours
Autres Bris de covenants, environnement, contrepartie

Appréciation finale du risque de liquidité

Marges de manœuvre faibles Marges de manœuvre fortes
Impasse de trésorerie identifiée dans les 24 mois Risque avéré : famille de cotes 5+ à 6 selon l’ampleur Risque potentiel : famille 4 au maximum
Aucune impasse identifiée Risque potentiel : famille 4 au maximum Risque de liquidité écarté : cote éligible possible

Marges de manœuvre : flexibilité financière, libre circulation du cash dans le groupe, capacité à faire face à une insuffisance future de trésorerie.

Focus — Casino (2023)

Focus — Casino (2023) — La Lettre Vernimmen relève que la dette nette de Casino a dépassé 4 fois l’EBE en 2015, puis 6 fois depuis 2019, avec un flux de trésorerie disponible négatif depuis 2017 : « l’une des rares entreprises zombies que nous connaissons ».

Leçon : un endettement élevé qui dure avec un FTD négatif est un signal de risque avéré ; la liquidité doit se juger sur la durée, pas sur une année.

Pour aller plus loin

Bloc 3.7 — Étape 6 : décision de cotation

Quatre phases pour décider la cote

  1. Cote financière : éléments quantifiés (post-clôture chiffrés, situations intermédiaires).
  2. Profil qualitatif : favorable, neutre ou défavorable.
  3. Perspective : favorable, stable ou défavorable.
  4. Filiales : cote du groupe ou cote autonome.

Horizon visé : un à trois ans (24 à 36 mois dans le support de groupes).

Phase 1 — La cote financière sur l’échelle actuelle

Le groupe est d’abord placé sur une cote primaire (3, 4, 5 ou 6), puis segmenté avec des indicateurs clés selon le secteur et le risque de liquidité.

Cote primaire (support) Positions de l’échelle 2022
3 3+, 3, 3-
4 4+, 4, 4-
5 5+, 5, 5-
6 6+, 6, 6-

Les cotes 1+ à 3- relèvent des profils les plus solides (1+ à 2- : éligibles au refinancement). Autres positions : 7, 8, P, 0.

Un même élément ne doit jamais compter à la fois dans le profil financier et le profil qualitatif.

Taux de défaut à un an selon la cote

Cote Défaut à 1 an (2024)
3 0,18 %
4+ 0,51 %
4 1,26 %
4- 1,90 %
5+ 2,82 %
5 5,21 %
6 8,17 %
7 20,02 %
Ensemble des entreprises cotées 1,75 %

Phase 2 — Profil qualitatif

Éléments non quantifiables : post-clôture non chiffré, prévisions, qualité des dirigeants, concurrence, etc. Résultat : synthèse critique des atouts et faiblesses.

Axe d’analyse Atout (favorable) Faiblesse (défavorable)
Marché et positionnement Position solide, marché porteur Marché en déclin, dépendance
Clients et fournisseurs Base diversifiée Concentration
Actionnariat Soutien actif et stable Actionnaire fragile, conflits
Stratégie et gouvernance Cohérente, transparente Floue, instable
RSE Pratiques maîtrisées Risques non maîtrisés
Flexibilité financière Accès aux financements Dépendance bancaire

Phases 3 et 4 — Perspective et filiales

Perspective : orientation de la cote (favorable, stable, défavorable), à partir des indicateurs clés. A posteriori, on la compare à la réalité pour juger la fiabilité des prévisions.

Filiales :

Situation Cote
Aucun signe de fragilité Cote du groupe
Fragilité (liquidité, pertes récurrentes) avec soutien du groupe effectif Cote du groupe
Fragilité sans soutien effectif Cote autonome
FP négatifs ou < ½ du capital social « Au mieux 5+ » (règle du support)

Fonds propres < ½ capital : que dit le Guide ?

  • Règle du support d’origine : au mieux 5+ pour une filiale à fonds propres négatifs ou inférieurs à la moitié du capital.
  • Guide de référence 2022 : cette règle n’y figure pas telle quelle. Le guide cite des fonds propres inférieurs à la moitié du capital comme élément de fragilité : un 4- reste possible si ce signal est atténué par d’autres informations positives, et une perte de plus de la moitié du capital depuis plus de 36 mois fait partie des conditions d’attribution de certaines cotes.
  • Lecture pour l’analyse : la règle « au mieux 5+ » est une prudence du support ; justifier tout écart par des éléments positifs explicites.

Pour aller plus loin

Bloc 3.8 — Veille réglementaire (Quête 7)

Pourquoi suivre la réglementation ?

  • Les normes changent les chiffres (EBE, dette, résultat) et donc les ratios.
  • Elles changent les obligations (reporting, assurance, audit).
  • Un analyste doit savoir retraiter et comparer avant/après.

Aujourd’hui : trois fils de veille — CSRD, IFRS 16 / IFRS 18, AMF.

IFRS 16 puis IFRS 18

Norme Ce qui change Date
IFRS 16 Locations au bilan, EBE plus haut, dette plus haute 1er janvier 2019
IFRS 18 Remplace IAS 1 ; deux sous-totaux définis (résultat opérationnel, résultat avant financement et impôts) ; mesures de performance définies par la direction à publier Exercices ouverts à partir du 1er janvier 2027

Conséquence pour l’analyste : le « résultat opérationnel » sera défini de façon plus homogène ; adapter RCAI, RNR et EBE publiés.

CSRD et AMF

  • CSRD : directive européenne sur le reporting de durabilité, transposée en France par l’ordonnance n° 2023-1142 ; elle remplace la DPEF.
  • Calendrier en mouvement : la directive (UE) 2025/794 a décalé de deux ans le calendrier de certaines entreprises, puis la directive (UE) 2026/470 (« Omnibus I »), publiée le 26 février 2026, relève les seuils (plus de 1 000 salariés et plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net) et prévoit une transposition des États membres jusqu’au 19 mars 2027.
  • Vérifier la transposition en droit français avant d’appliquer ces seuils à un cas réel.
  • AMF : publie chaque année des recommandations pour l’arrêté des comptes des sociétés cotées (sujets contrôlés : dépréciations, flux de trésorerie, nouvelles normes).

Quête 7 — Les Veilleurs du Marché

  • But : présenter à un comité une évolution réglementaire ou de marché et son impact sur la stratégie financière d’une entreprise.
  • Format : équipes de 3 à 5, durée 2 h (hors séance).
  • Livrable : brief d’impact chiffré et recommandations.

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Bloc 3.9 — ESG et extra-financier (Quête 9)

De la DPEF à la CSRD

Avant — DPEF

  • Déclaration de performance extra-financière des grandes entreprises.
  • Informations RSE publiées dans le rapport de gestion.
  • Vérification par un organisme tiers indépendant.

Aujourd’hui — CSRD

  • Rapport de durabilité intégré au rapport de gestion.
  • Normes européennes communes (ESRS).
  • Assurance obligatoire, périmètre réduit par l’omnibus (voir bloc 3.8).

Même sans obligation légale, les prêteurs et clients demandent des données ESG.

Des critères ESG aux ratios

Enjeu extra-financier Effet possible dans les comptes Ratio / poste à surveiller
Transition bas-carbone Investissements, coûts de conformité Investissements / CA, FTD
Prix du carbone, énergie Charges d’exploitation Marge d’EBE
Risque physique et litiges Provisions, dépréciations Fonds propres retraités
Gouvernance et éthique Sanctions, perte de clients Cote qualitative, liquidité
Prêts liés à des indicateurs ESG Coût de la dette Intérêts / EBE

Pistes d’analyse à confirmer entreprise par entreprise.

La RSE dans la cotation de la Banque de France

La cotation intègre depuis 2015 une dimension RSE dans l’analyse qualitative. Trois dimensions :

  • Sociale : conditions de travail, formation, participation des salariés ;
  • Environnementale : réduction des nuisances, gestion économe des ressources, recyclage ;
  • Sociétale : relations commerciales (délais de paiement) et implication dans la société.

La RSE complète l’analyse financière : elle ne remplace pas les ratios.

Quête 9 — Les Gardiens de l’Extra-Financier

  • But : produire un rapport qui relie performance financière et performance extra-financière d’une entreprise réelle.
  • Format : équipes de 3 à 5, durée 3 h (boss final du cours).
  • Livrable : rapport stratégique intégré financier + ESG.

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Bloc 3.10 — Synthèse, examen et suite

Synthèse : les 6 étapes en une page

flowchart LR
  E1["1<br/>Environnement,<br/>stratégie<br/>✔"]
  E2["2<br/>Information<br/>(examen critique)<br/>✔"]
  E3["3<br/>Performances<br/>✔"]
  E4["4<br/>Structure<br/>financière<br/>✔"]
  E5["5<br/>Liquidité<br/>✔"]
  E6["6<br/>Décision<br/>de cotation<br/>✔"]
  E1 --> E2 --> E3 --> E4 --> E5 --> E6

Les 6 étapes : question et livrable

Étape Question Indicateurs clés
1 Où opère le groupe, avec quelle stratégie ? SWOT, organisation, dette brute ou nette
2 Peut-on faire confiance aux comptes ? Périmètre, méthodes, certification
3 Que gagne le groupe de façon récurrente ? RCAI, RNR ≈ ¾ RCAI
4 Quelle solvabilité, quelle autonomie ? FPNR, endettement retraité, CAFr
5 Peut-il payer à 24 mois ? FRNG/BFR, FTA/CA, FTD
6 Quelle cote ? Cote financière, profil qualitatif, perspective

L’examen : deux formats

Contrôle d’une heure Examen final
Cas SOLSTICE SAS VERIDIAN SA
Durée 1 h 3 h 30
Documents Formulaire de référence autorisé Aucun document
Barème /50 /100
Taux d’IS 25 % 25 %

Le contrôle d’une heure (/50)

Partie Thème Points
1 Résultat net récurrent et CAFr 20
2 Retraitements du bilan (fonds propres, endettement) 20
3 Ratios retraités et note de synthèse 10

Justifier chaque calcul ; arrondir au k€ entier.

L’examen final (/100)

Partie Thème Points
1 Lecture des états financiers 15
2 Consolidation simplifiée 10
3 Diagnostic financier 20
4 Rentabilité et effet de levier 15
5 Modèle économique et stratégie 8
6 Valorisation par les multiples 12
7 Connaissances réglementaires 5
8 Projections financières 10
9 Analyse extra-financière 5

Votre avis sur le cours

Trois questions, 5 minutes :

  1. Ce qui a le mieux marché : quel bloc ou exercice vous a le plus aidé ?
  2. Ce qui a bloqué : quel point reste flou ?
  3. Ce que je changerais : rythme, supports, quêtes ?

Vos réponses servent à améliorer le cours pour la prochaine promotion.

Récapitulatif

Ce qu’il faut retenir

  • FPNR = FP − écart d’acquisition élargi − IDA − écarts de conversion positifs ; le plafond de 10 × RNR limite l’écart d’acquisition.
  • Impôts différés à 25 % : provision de 120 K€ ⇒ IDA de 30 K€.
  • Endettement retraité : hybrides, comptes courants, hors-bilan, trésorerie réellement disponible ; même périmètre pour EBE et dette (IFRS 16).
  • CAFr = ¾ RCAI + dotations nettes d’exploitation ; capacité de remboursement = dette retraitée / CAFr.
  • Liquidité : statique, dynamique, prospective à 24 mois, risques financiers.
  • Cotation : cote financière, profil qualitatif, perspective, filiales ; échelle de 22 positions (éligibles 1+ à 2-).

Examen et suite

  • Contrôle d’une heure (/50) et examen final (3 h 30, /100) : voir le format présenté plus haut.
  • Quêtes : Q7 (veille réglementaire) et Q9 (extra-financier) ; Q3, Q6 et Q8 en option.
  • Révision : reprendre les diapositives, la fiche de formules et le module Structure financière.
  • Retour sur le cours : vos réponses aux trois questions.