Estimation ponctuelle et par intervalle de confiance

Résumé

Ce chapitre présente les méthodes d’estimation statistique. On étudie d’abord l’estimation ponctuelle : propriétés des estimateurs (biais, convergence, erreur quadratique), puis deux méthodes de construction — méthode des moments et maximum de vraisemblance. On aborde ensuite l’estimation par intervalle de confiance pour une proportion, une moyenne et une variance, en mettant l’accent sur la comparaison d’estimateurs, le choix d’une méthode de construction et l’interprétation pratique des marges d’erreur dans un contexte d’ingénierie.

En pratique, l’ingénieur doit prendre une décision à partir d’un nombre limité de mesures : régler une machine à partir d’essais de calibration, estimer un taux de panne à partir d’un retour d’expérience partiel, certifier une performance moyenne à partir d’une campagne de tests, ou quantifier l’incertitude avant de passer à la production. L’estimation fournit deux sorties complémentaires : une valeur centrale plausible du paramètre inconnu, et une mesure d’incertitude qui indique la précision réellement acquise.

Ce chapitre suit trois étapes. On commence par établir les critères pour évaluer un estimateur (biais, erreur quadratique, convergence). On présente ensuite deux méthodes pour construire de bons estimateurs : la méthode des moments et le maximum de vraisemblance, avec l’information de Fisher comme critère d’optimalité. Enfin, on traduit l’incertitude en intervalles de confiance pour une proportion, une moyenne et une variance.

Exemple 1 — Estimation d’une proportion

Une urne contient des boules rouges en proportion inconnue \(p \in ]0,1[\). On effectue 10 tirages avec remise. Le nombre de boules rouges tirées suit une loi \(\mathcal{B}(10, p)\) avec \(p\) inconnu.

Une estimation naturelle de \(p\) est la fréquence observée \(\hat{p} = k/10\), où \(k\) est le nombre de boules rouges obtenues.

Si \(K\) désigne le nombre de boules rouges observées en 10 tirages, alors \[K\sim\mathcal{B}(10,p).\]

L’idée la plus naturelle est d’estimer la proportion inconnue \(p\) par la fréquence observée : \[ \hat{p}=\frac{K}{10}. \]

Par exemple, si l’on observe \(k=7\) boules rouges, on obtient \(\hat{p}=7/10=0{,}7\). Cette logique sera généralisée dans tout le chapitre : un paramètre inconnu est approché par une statistique calculée sur les données observées.

Estimateurs et leurs propriétés

Définitions

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un échantillon de loi dépendant d’un paramètre inconnu \(\theta\).

Définition — Estimateur et estimation
  • Un estimateur de \(\theta\) est une statistique \(\hat{\theta}_n = T_n(X_1, \ldots, X_n)\) ne dépendant pas de \(\theta\).
  • Une estimation est une réalisation de l’estimateur, c’est-à-dire la valeur \(T_n(x_1, \ldots, x_n)\) calculée sur un échantillon observé.

Il importe de distinguer ces deux notions : un estimateur est une formule aléatoire définie avant l’observation des données, tandis qu’une estimation est le nombre obtenu après calcul sur l’échantillon. Par exemple, \(\overline{X}_n\) est un estimateur de \(m\), alors que \(\overline{x}_n = 12{,}4\) est une estimation de \(m\).

Définition — Biais et erreur quadratique moyenne

Soit \(\hat{\theta}_n\) un estimateur de \(\theta\).

  • Le biais de \(\hat{\theta}_n\) est le réel \(b_n(\theta) = E(\hat{\theta}_n) - \theta\).
  • \(\hat{\theta}_n\) est dit sans biais si \(E(\hat{\theta}_n) = \theta\), i.e. \(b_n(\theta)=0\).
  • \(\hat{\theta}_n\) est dit asymptotiquement sans biais si \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} E(\hat{\theta}_n) = \theta\).
  • L’erreur quadratique moyenne (EQM) de \(\hat{\theta}_n\) est \[R(\hat{\theta}_n) = E\!\left[(\hat{\theta}_n - \theta)^2\right].\]

Un estimateur \(\hat{\theta}'_n\) est dit meilleur que \(\hat{\theta}_n\) au sens de l’EQM s’il existe \(N\) tel que, pour tout \(n \geq N\), \(R(\hat{\theta}'_n) \leq R(\hat{\theta}_n)\).

L’erreur d’un estimateur a deux sources indépendantes : sa dispersion d’un échantillon à l’autre, et son décalage systématique par rapport à la vraie valeur. Ces deux sources se combinent dans la décomposition suivante.

Proposition — Décomposition biais–variance

\[R(\hat{\theta}_n) = \mathrm{Var}(\hat{\theta}_n) + b_n(\theta)^2.\]

Démonstration. On pose \(b = b_n(\theta) = E(\hat{\theta}_n) - \theta\). Alors : \[E\!\left[(\hat{\theta}_n - \theta)^2\right] = E\!\left[(\hat{\theta}_n - E(\hat{\theta}_n) + b)^2\right] = \mathrm{Var}(\hat{\theta}_n) + 2b\,\underbrace{E(\hat{\theta}_n - E(\hat{\theta}_n))}_{=\,0} + b^2.\qquad\square\]

Un estimateur peut donc être mauvais soit parce qu’il fluctue trop (grande variance), soit parce qu’il vise systématiquement trop haut ou trop bas (grand biais). Pour des estimateurs sans biais, l’EQM se réduit à la variance : \(R(\hat{\theta}_n) = \mathrm{Var}(\hat{\theta}_n)\) ; on dit alors qu’un estimateur sans biais est efficace s’il a la plus petite variance possible.

Exemple — Comparer deux estimateurs d’une moyenne

Soit \((X_1,\ldots,X_n)\) un échantillon i.i.d. de moyenne \(m\) et de variance \(\sigma^2\). On considère : \[ \hat{m}_1=\overline{X}_n, \qquad \hat{m}_2=X_1. \]

  1. Montrer que ces deux estimateurs sont sans biais.
  2. Comparer leurs EQM.

On a \[ E(\hat{m}_1)=E(\overline{X}_n)=m, \qquad E(\hat{m}_2)=E(X_1)=m. \]

Les deux estimateurs sont donc sans biais. Comme ils sont sans biais, leur EQM est leur variance : \[ R(\hat{m}_1)=\mathrm{Var}(\overline{X}_n)=\frac{\sigma^2}{n}, \qquad R(\hat{m}_2)=\mathrm{Var}(X_1)=\sigma^2. \]

Pour tout \(n>1\), \(\sigma^2/n<\sigma^2\). L’estimateur \(\overline{X}_n\) est donc meilleur : il exploite toute l’information de l’échantillon, alors que \(X_1\) n’utilise qu’une seule mesure.

Convergence

Définition — Convergence d’un estimateur

Soit \(\hat{\theta}_n\) un estimateur de \(\theta\).

  • \(\hat{\theta}_n\) est convergent (ou consistant) si \(\hat{\theta}_n \xrightarrow[n\to+\infty]{P} \theta\), c’est-à-dire \[\forall \varepsilon > 0,\quad \lim_{n\to+\infty} P\!\left(|\hat{\theta}_n - \theta| > \varepsilon\right) = 0.\]
  • \(\hat{\theta}_n\) est convergent en moyenne quadratique si \(R(\hat{\theta}_n) \xrightarrow[n\to+\infty]{} 0\).

D’après les résultats sur la convergence des variables aléatoires, \(\hat{\theta}_n\) est convergent en moyenne quadratique si et seulement s’il est (asymptotiquement) sans biais et \(\mathrm{Var}(\hat{\theta}_n) \to 0\). La convergence en moyenne quadratique implique la convergence en probabilité (la réciproque est fausse en général).

Pour analyser un estimateur donné, on suit presque toujours le même plan : 1. calculer \(E(\hat{\theta}_n)\) pour étudier le biais ; 2. calculer \(\mathrm{Var}(\hat{\theta}_n)\) ou au moins son ordre de grandeur ; 3. en déduire l’EQM via \(R=\mathrm{Var}+b^2\) ; 4. faire tendre \(n\) vers l’infini pour conclure sur la convergence ; 5. interpréter dans le contexte : coût des mesures, précision requise, risque.

Estimateurs de la moyenne et de la variance

Exemple 2 — Moyenne et variance empiriques

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un échantillon i.i.d. de carré intégrable, avec \(E(X_i) = m\) et \(\mathrm{Var}(X_i) = \sigma^2\). On pose : \[\overline{X}_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i, \qquad S'^2_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n (X_i - \overline{X}_n)^2, \qquad S^2_n = \frac{1}{n-1}\sum_{i=1}^n (X_i - \overline{X}_n)^2.\]

Justifier que :

  1. \(\overline{X}_n\) est un estimateur sans biais et convergent de \(m\).
  2. \(S'^2_n\) est un estimateur biaisé, asymptotiquement sans biais et convergent de \(\sigma^2\).
  3. \(S^2_n\) est un estimateur sans biais et convergent de \(\sigma^2\).

1. Moyenne empirique \(\overline{X}_n\).

Par linéarité : \(E(\overline{X}_n) = m\), donc \(\overline{X}_n\) est sans biais.

\(\mathrm{Var}(\overline{X}_n) = \sigma^2/n \to 0\) et \(E(\overline{X}_n) = m\), donc \(\overline{X}_n\) converge en moyenne quadratique (et donc en probabilité) vers \(m\).

2. Variance empirique \(S'^2_n\).

En développant : \(\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i - \overline{X}_n)^2 = \sum_{i=1}^n X_i^2 - n\overline{X}_n^2\).

\[E\!\left[\sum_{i=1}^n X_i^2\right] = n(m^2+\sigma^2), \qquad E\!\left[n\overline{X}_n^2\right] = n\!\left(m^2+\frac{\sigma^2}{n}\right) = nm^2 + \sigma^2.\]

Donc \(E[S'^2_n] = \dfrac{(n-1)\sigma^2}{n} \neq \sigma^2\) : \(S'^2_n\) est biaisé, avec biais \(b_n = -\sigma^2/n \to 0\) (asymptotiquement sans biais). La convergence découle de \(\mathrm{Var}(S'^2_n) \to 0\) (admis).

3. Variance corrigée \(S^2_n\).

\(S^2_n = \dfrac{n}{n-1}\,S'^2_n\), donc \(E[S^2_n] = \dfrac{n}{n-1}\cdot\dfrac{(n-1)\sigma^2}{n} = \sigma^2\) : sans biais. Convergence : \(\mathrm{Var}(S^2_n) \to 0\) (admis) et \(E(S^2_n) = \sigma^2\), donc \(S^2_n \xrightarrow{L^2} \sigma^2\).

On dispose maintenant des outils pour évaluer un estimateur. La question suivante est : comment en construire un systématiquement ? Les deux méthodes qui suivent répondent à cette question.

Méthodes de construction d’estimateurs

Méthode des moments (EMM)

L’idée est d’estimer les moments théoriques par leurs équivalents empiriques : une espérance est approchée par une moyenne empirique, une variance par une variance empirique, etc.

Définition — Estimateur par la méthode des moments

Si le paramètre vérifie \(\varphi(\theta) = E[f(X)]\) pour des fonctions connues \(\varphi\) et \(f\), l’EMM de \(\theta\) est : \[\hat{\theta}_n = \varphi^{-1}\!\left(\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n f(X_i)\right).\]

La logique est simple : le modèle théorique indique à quoi devrait ressembler un moment ; les données en fournissent une version observée ; on force la théorie à coïncider avec l’observation pour retrouver le paramètre inconnu. La méthode des moments est souvent le premier réflexe lorsque l’espérance ou la variance s’écrivent simplement, que l’on cherche une formule rapide à calculer à la main, ou que l’on veut initialiser un algorithme numérique. Elle privilégie la simplicité ; en contrepartie, elle n’est pas toujours optimale en précision.

Proposition (admise) — Propriétés de l’EMM

L’EMM \(\hat{\theta}_n\) est un estimateur asymptotiquement sans biais et convergent de \(\theta\).

Exemple 3 — EMM pour des lois classiques

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un échantillon i.i.d. Donner l’EMM de \(\theta\) dans chaque cas :

  1. \(X_i \sim \mathcal{B}(p)\) et \(\theta = p\).
  2. \(X_i \sim \mathcal{N}(m, \sigma^2)\) et \(\theta = m\).
  3. \(X_i \sim \mathcal{N}(m, \sigma^2)\) et \(\theta = \sigma^2\).
  4. \(X_i \sim \mathcal{E}(\lambda)\) et \(\theta = \lambda\).

1. \(E(X_i) = p\), donc \(\hat{p}_n = \overline{X}_n\).

2. \(E(X_i) = m\), donc \(\hat{m}_n = \overline{X}_n\).

3. \(\mathrm{Var}(X_i) = E(X_i^2) - m^2 = \sigma^2\), soit \(E(X_i^2) = m^2 + \sigma^2\). L’EMM de \(\sigma^2\) est : \[\hat{\sigma}^2_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i^2 - \overline{X}_n^2 = S'^2_n.\]

4. \(E(X_i) = 1/\lambda\), donc \(\lambda = 1/E(X_i)\) et \(\hat{\lambda}_n = 1/\overline{X}_n\).

Exercice 1 — EMM dans deux cas particuliers

Soient \(X\) une v.a. et \((X_1, \ldots, X_n)\) un \(n\)-échantillon de \(X\). Déterminer l’EMM de \(a\) dans chacun des cas :

  1. \(a > 0\) et \(X\) est discrète avec \(P(X=0) = \dfrac{a}{a+1}\) et \(P(X=1) = \dfrac{1}{a+1}\).

  2. \(a \in ]0,1[\) et \(X\) admet la densité \[f(x) = \begin{cases} \dfrac{1}{2a} & \text{si } 0 \leq x \leq a,\\[4pt] \dfrac{1}{2(1-a)} & \text{si } a < x \leq 1,\\[4pt] 0 & \text{sinon.} \end{cases}\]

1. \(E(X) = 0 \cdot \dfrac{a}{a+1} + 1 \cdot \dfrac{1}{a+1} = \dfrac{1}{a+1}\).

Donc \(a = \dfrac{1}{E(X)} - 1\) et l’EMM est \(\hat{a}_n = \dfrac{1}{\overline{X}_n} - 1\).

2. On calcule : \[E(X) = \int_0^a \frac{x}{2a}\,dx + \int_a^1 \frac{x}{2(1-a)}\,dx = \frac{a}{4} + \frac{1+a}{4} = \frac{1+2a}{4}.\]

Donc \(a = 2E(X) - \dfrac{1}{2}\) et l’EMM est \(\hat{a}_n = 2\overline{X}_n - \dfrac{1}{2}\).

Méthode du maximum de vraisemblance (EMV)

Définition — Vraisemblance

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un \(n\)-échantillon de loi parente \(\mathcal{L}(\theta)\). La vraisemblance de l’échantillon est la fonction \(L\) définie par :

  • Cas discret : \(L(x_1, \ldots, x_n;\, \theta) = P(X_1=x_1) \times \cdots \times P(X_n=x_n)\).
  • Cas continu (densité \(f\)) : \(L(x_1, \ldots, x_n;\, \theta) = f(x_1) \times \cdots \times f(x_n)\).

La vraisemblance répond à la question : pour quelle valeur du paramètre les données observées paraissent-elles le plus plausibles ? Plus \(L\) est grande, plus le paramètre rend l’échantillon cohérent avec le modèle.

Exemple 4 — Vraisemblance d’un tirage dans une urne

Une urne contient une proportion \(p \in ]0,1[\) de boules rouges. On tire 15 boules avec remise et on observe 5 boules rouges.

  1. Exprimer \(L(5;\, p)\) en fonction de \(p\).
  2. Le tableau suivant donne quelques valeurs de \(L(5;\, p)\) :
\(p\) 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9
\(L(5;\,p)\) 0,01 0,10 0,21 0,19 0,09 0,02 0,003 \(10^{-4}\) \(2{\times}10^{-7}\)

Quelle valeur de \(p\) semble la plus vraisemblable parmi celles testées ?

1. Le nombre de boules rouges suit \(\mathcal{B}(15, p)\), donc : \[L(5;\, p) = \binom{15}{5} p^5 (1-p)^{10}.\]

2. D’après le tableau, \(L\) est maximale pour \(p = 0{,}3\) (valeur 0,21 parmi celles testées). La valeur exacte de l’EMV est \(\hat{p} = 5/15 = 1/3 \approx 0{,}333\).

Définition — Estimateur du maximum de vraisemblance (EMV)

On appelle EMV tout estimateur \(\hat{\theta}_n = g(X_1, \ldots, X_n)\)\(g(x_1, \ldots, x_n)\) est une solution du problème d’optimisation : \[\max_\theta\; L(x_1, \ldots, x_n;\, \theta).\]

Proposition (admise) — Invariance de l’EMV

Si \(\hat{\theta}_n\) est un EMV de \(\theta\) et \(\varphi\) est une fonction continue par morceaux sur \(\mathbb{R}\), alors \(\varphi(\hat{\theta}_n)\) est un EMV de \(\varphi(\theta)\).

Proposition (admise) — Calcul pratique de l’EMV

Si \(\theta \mapsto L(x_1, \ldots, x_n;\, \theta)\) est deux fois dérivable, l’EMV s’obtient en résolvant : \[\frac{\partial L}{\partial \theta} = 0 \quad \text{avec} \quad \frac{\partial^2 L}{\partial \theta^2} < 0.\]

En pratique, on maximise la log-vraisemblance \(\ell(\theta) = \ln L(x_1, \ldots, x_n;\, \theta)\), qui admet les mêmes extrema.

Au lieu de comparer directement des produits de probabilités souvent très petits, on compare leurs logarithmes : la log-vraisemblance transforme un produit en somme, ce qui simplifie le calcul sans changer le paramètre optimal.

Exemple 5 — EMV pour des lois classiques

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un échantillon i.i.d. Donner l’EMV de \(\theta\) dans chaque cas :

  1. \(X_i \sim \mathcal{B}(p)\) et \(\theta = p\).
  2. \(X_i \sim \mathcal{E}(\lambda)\) et \(\theta = \lambda\).
  3. \(X_i \sim \mathcal{N}(m, \sigma^2)\) et \(\theta = m\) (\(\sigma^2\) connu).
  4. \(X_i \sim \mathcal{N}(m, \sigma^2)\) et \(\theta = \sigma^2\) (\(m\) connu).

1. Loi de Bernoulli. \[\ell(p) = \Bigl(\sum x_i\Bigr)\ln p + \Bigl(n - \sum x_i\Bigr)\ln(1-p).\] \[\ell'(p) = \frac{\sum x_i}{p} - \frac{n - \sum x_i}{1-p} = 0 \implies \hat{p}_n = \overline{X}_n.\]

2. Loi exponentielle. \[\ell(\lambda) = n\ln\lambda - \lambda\sum x_i.\] \[\ell'(\lambda) = \frac{n}{\lambda} - \sum x_i = 0 \implies \hat{\lambda}_n = \frac{1}{\overline{X}_n}.\]

3. Loi normale, \(\theta = m\). \[\ell(m) = -\frac{n}{2}\ln(2\pi\sigma^2) - \frac{1}{2\sigma^2}\sum(x_i - m)^2.\] \[\ell'(m) = \frac{1}{\sigma^2}\sum(x_i - m) = 0 \implies \hat{m}_n = \overline{X}_n.\]

4. Loi normale, \(\theta = \sigma^2\). En posant \(u = \sigma^2\) : \[\ell(u) = -\frac{n}{2}\ln u - \frac{1}{2u}\sum(x_i - m)^2.\] \[\ell'(u) = -\frac{n}{2u} + \frac{\sum(x_i - m)^2}{2u^2} = 0 \implies \hat{\sigma}^2_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n(X_i - m)^2.\]

Information de Fisher et efficacité

Définition — Information de Fisher

Sous les hypothèses dites de Cramér-Rao, on définit l’information de Fisher de l’échantillon \((X_1, \ldots, X_n)\) par : \[I_n(\theta) = E\!\left(-\frac{\partial^2 \ln L}{\partial \theta^2}\right).\]

L’information de Fisher mesure la quantité d’information que l’échantillon contient sur le paramètre \(\theta\) : plus \(I_n(\theta)\) est grande, plus l’échantillon est informatif sur \(\theta\).

Pour un \(n\)-échantillon i.i.d. de densité (ou probabilité) \(f(x;\theta)\), on a \(I_n(\theta) = n \cdot I_1(\theta)\), où \[I_1(\theta) = E\!\left(-\frac{\partial^2 \ln f(X;\,\theta)}{\partial \theta^2}\right)\] est l’information de Fisher d’une seule observation : l’information est donc proportionnelle à la taille de l’échantillon.

Exemple — Calcul de l’information de Fisher pour \(\mathcal{B}(p)\)

Soit \(X \sim \mathcal{B}(p)\), de probabilité \(f(x;\,p) = p^x(1-p)^{1-x}\) pour \(x \in \{0,1\}\). Calculer \(I_1(p)\).

\[\ln f(x;\,p) = x\ln p + (1-x)\ln(1-p).\] \[\frac{\partial \ln f}{\partial p} = \frac{x}{p} - \frac{1-x}{1-p}, \qquad \frac{\partial^2 \ln f}{\partial p^2} = -\frac{x}{p^2} - \frac{1-x}{(1-p)^2}.\]

\[I_1(p) = E\!\left(-\frac{\partial^2 \ln f}{\partial p^2}\right) = \frac{E(X)}{p^2} + \frac{1-E(X)}{(1-p)^2} = \frac{p}{p^2} + \frac{1-p}{(1-p)^2} = \frac{1}{p} + \frac{1}{1-p} = \frac{1}{p(1-p)}.\]

Pour un \(n\)-échantillon i.i.d. : \(I_n(p) = \dfrac{n}{p(1-p)}\).

La borne FDCR est \(BF(p) = \dfrac{p(1-p)}{n}\), qui est exactement la variance de \(\hat{p}_n = \overline{X}_n\) : cet estimateur est donc efficace, ce qui sera vérifié formellement à l’Exercice 5.

Théorème — Inégalité de Fréchet-Darmois-Cramér-Rao (FDCR)

Sous les hypothèses de Cramér-Rao, pour tout estimateur \(\hat{\theta}_n\) sans biais de \(\theta\) : \[\boxed{\mathrm{Var}(\hat{\theta}_n) \geq \frac{1}{I_n(\theta)} = BF(\theta),}\]\(BF(\theta)\) est appelée la borne de Fréchet-Darmois-Cramér-Rao (borne FDCR).

Définition — Estimateur efficace

Un estimateur \(\hat{\theta}_n\) sans biais est dit efficace si sa variance atteint la borne FDCR : \[\mathrm{Var}(\hat{\theta}_n) = \frac{1}{I_n(\theta)} = BF(\theta).\]

S’il existe un estimateur efficace, il est le meilleur parmi tous les estimateurs sans biais (variance minimale). L’inverse est faux : un estimateur de variance minimale parmi les sans biais n’est pas nécessairement efficace, et un estimateur efficace peut ne pas exister.

Théorème — Lien entre efficacité et EMV

S’il existe un estimateur \(\hat{\theta}_n\) efficace de \(\theta\), alors c’est un EMV de \(\theta\).

Il est donc naturel de chercher un estimateur efficace parmi les EMV. Cependant, un EMV peut ne pas être efficace : il convient de le vérifier au cas par cas.

Proposition (admise) — Propriétés asymptotiques de l’EMV

L’EMV \(\hat{\theta}_n\) possède les propriétés suivantes :

  • Il peut être biaisé, mais il est asymptotiquement sans biais : \(\displaystyle\lim_{n\to+\infty} E(\hat{\theta}_n) = \theta\).
  • Il est convergent (consistant) : \(\hat{\theta}_n \xrightarrow{P} \theta\).
  • Il est asymptotiquement efficace : sa variance tend vers la borne FDCR lorsque \(n \to +\infty\).

EMM ou EMV ? Les deux méthodes ne s’opposent pas ; elles se complètent.

Méthode Idée directrice Atout principal Limite principale
EMM faire coïncider moments théoriques et empiriques calcul souvent simple précision pas toujours optimale
EMV choisir le paramètre qui rend l’échantillon le plus vraisemblable très bonnes propriétés asymptotiques calcul parfois plus technique

En pratique, l’EMM est souvent un bon outil de démarrage, tandis que l’EMV est la méthode de référence dès que le modèle probabiliste est bien spécifié.

Exercice 2 — EMV pour la hauteur des crues d’un fleuve

La hauteur maximale (en mètres) de la crue annuelle d’un fleuve est une v.a. \(X\) de densité : \[f(x) = \frac{x}{a}\,e^{-x^2/(2a)}\,\mathbf{1}_{x \geq 0}, \qquad a > 0.\]

  1. Soient \(n \in \mathbb{N}^*\) et \((X_1, \ldots, X_n)\) un \(n\)-échantillon de \(X\). Déterminer l’EMV \(\hat{a}_n\) de \(a\).

  2. On observe pendant 8 ans les hauteurs (en m) suivantes : \(2{,}5;\; 2{,}9;\; 1{,}8;\; 0{,}9;\; 1{,}7;\; 2{,}1;\; 2{,}2;\; 2{,}8.\)

    Donner une estimation de \(a\) et de la probabilité d’une catastrophe (crue supérieure à 6 m) une année donnée.

1. La log-vraisemblance est : \[\ell(a) = \sum_{i=1}^n \ln x_i - n\ln a - \frac{1}{2a}\sum_{i=1}^n x_i^2.\] \[\ell'(a) = -\frac{n}{a} + \frac{\sum x_i^2}{2a^2} = 0 \implies \hat{a}_n = \frac{1}{2n}\sum_{i=1}^n X_i^2 = \frac{\overline{X^2_n}}{2}.\] On vérifie \(\ell''(\hat{a}_n) < 0\) : c’est bien un maximum. ✓

2. \(\displaystyle\sum_{i=1}^8 x_i^2 = 6{,}25 + 8{,}41 + 3{,}24 + 0{,}81 + 2{,}89 + 4{,}41 + 4{,}84 + 7{,}84 = 38{,}69.\) \[\hat{a} = \frac{38{,}69}{16} \approx 2{,}42.\]

Probabilité de catastrophe : \[P(X > 6) = \int_6^{+\infty} \frac{x}{a}\,e^{-x^2/(2a)}\,dx = \Bigl[-e^{-x^2/(2a)}\Bigr]_6^{+\infty} = e^{-36/(2\hat{a})} = e^{-36/4{,}84} \approx e^{-7{,}44} \approx 0{,}06\%.\]

Estimation par intervalle de confiance

On cherche maintenant à quantifier la confiance que l’on peut accorder à l’estimation ponctuelle. Un intervalle de confiance est un intervalle aléatoire (dépendant de l’échantillon) qui contient le vrai paramètre avec une probabilité au moins égale à un niveau prescrit.

Définition — Intervalle de confiance

Soient \((X_1, \ldots, X_n)\) un échantillon de loi \(\mathcal{L}(\theta)\) et \(\alpha \in ]0,1[\). On appelle intervalle de confiance pour \(\theta\) au niveau de confiance \(1-\alpha\) tout intervalle \[I_\alpha = [a(X_1, \ldots, X_n);\; b(X_1, \ldots, X_n)]\]\(a\) et \(b\) sont des fonctions de l’échantillon indépendantes de \(\theta\), vérifiant \(P(\theta \in I_\alpha) \geq 1-\alpha\).

Un intervalle de confiance est une fourchette calculée à partir des données. Plus \(1-\alpha\) est grand (plus de confiance), plus \(I_\alpha\) est large. La construction de \(a\) et \(b\) repose sur la loi de l’estimateur de \(\theta\) : si la loi est symétrique on choisit un intervalle symétrique (loi normale) ; si elle est unilatérale l’intervalle peut être asymétrique (loi du \(\chi^2\)).

Le paramètre \(\theta\) est fixe mais inconnu ; c’est l’intervalle \(I_\alpha\) qui est aléatoire car il dépend de l’échantillon. Dire qu’un IC est “au niveau 95 %” signifie donc que, si l’on répétait la procédure d’échantillonnage un grand nombre de fois, environ 95 % des intervalles construits contiendraient la vraie valeur du paramètre.

Piège à éviter — Mauvaise interprétation d’un IC

Une fois l’intervalle \([a, b]\) calculé sur les données, il est faux d’écrire :

“Il y a 95 % de probabilité que \(\theta \in [a, b]\).”

Le paramètre \(\theta\) est une constante : il est dans \([a, b]\) ou il n’y est pas. La probabilité porte sur la procédure, pas sur un intervalle particulier déjà calculé.

Formulation correcte : “L’intervalle \([a, b]\) a été construit par une méthode qui, répétée sur de nombreux échantillons, produirait un intervalle contenant \(\theta\) dans 95 % des cas.”

Intervalle de confiance pour une proportion

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un \(n\)-échantillon de loi \(\mathcal{B}(p)\). L’EMV de \(p\) est \(\hat{p}_n = \overline{X}_n\). Par le TCL, si \(n \geq 30\), \(n\hat{p}_n \geq 5\) et \(n(1-\hat{p}_n) \geq 5\) : \[\frac{\hat{p}_n - p}{\sqrt{p(1-p)/n}} \xrightarrow{\mathcal{L}} \mathcal{N}(0,1).\]

Lorsque \(n\hat{p}_n(1-\hat{p}_n) \geq 3\), on approche \(p(1-p)\) par \(\hat{p}_n(1-\hat{p}_n)\).

Définition — IC pour une proportion

Sous les conditions \(n \geq 30\), \(n\hat{p}_n \geq 5\), \(n(1-\hat{p}_n) \geq 5\) et \(n\hat{p}_n(1-\hat{p}_n) \geq 3\), un intervalle de confiance pour \(p\) au niveau \(1-\alpha\) est : \[I_\alpha = \left[\hat{p}_n - t_\alpha\sqrt{\frac{\hat{p}_n(1-\hat{p}_n)}{n}};\; \hat{p}_n + t_\alpha\sqrt{\frac{\hat{p}_n(1-\hat{p}_n)}{n}}\right],\]\(t_\alpha = \Phi^{-1}(1-\alpha/2)\) est le quantile de la loi \(\mathcal{N}(0,1)\).

Valeurs usuelles : \(t_{0{,}05} = 1{,}96\) (niveau 95 %), \(t_{0{,}01} = 2{,}576\) (niveau 99 %).

L’intervalle a toujours la structure \(\text{estimation} \pm \text{marge d'erreur}\) : l’estimation centrale est \(\hat{p}_n\) et la marge d’erreur est \(t_\alpha\sqrt{\hat{p}_n(1-\hat{p}_n)/n}\). Plus \(n\) augmente, plus cette marge diminue ; plus on exige de confiance, plus \(t_\alpha\) augmente et plus l’intervalle s’élargit.

Exemple 6 — Prévalence du cholestérol

Dans un échantillon de 1 000 personnes, on observe que 8 % ont un problème de cholestérol. Construire un intervalle de confiance pour la proportion de personnes touchées dans la population au niveau 95 %.

\(n = 1000\), \(\hat{p} = 0{,}08\), \(1-\alpha = 0{,}95\), \(t_\alpha = 1{,}96\).

Vérification : \(n = 1000 \geq 30\) ✓, \(n\hat{p} = 80 \geq 5\) ✓, \(n(1-\hat{p}) = 920 \geq 5\) ✓, \(n\hat{p}(1-\hat{p}) = 73{,}6 \geq 3\) ✓.

\[\sqrt{\frac{\hat{p}(1-\hat{p})}{n}} = \sqrt{\frac{0{,}08 \times 0{,}92}{1000}} \approx 0{,}00859.\]

\[I_{0{,}05} = [0{,}08 - 1{,}96\times 0{,}00859;\; 0{,}08 + 1{,}96\times 0{,}00859] \approx [0{,}063;\; 0{,}097].\]

On peut affirmer avec 95 % de confiance que la proportion de personnes touchées par le cholestérol dans la population est comprise entre 6,3 % et 9,7 %.

Dimensionner l’échantillon. Si l’on veut une marge d’erreur au plus égale à \(e\), on impose \(t_\alpha\sqrt{p(1-p)/n} \leq e\), d’où \(n \geq t_\alpha^2\,p(1-p)/e^2\). Si \(p\) est inconnu à l’avance, on prend le cas le plus défavorable \(p(1-p) \leq 1/4\), d’où \[ n\ge \frac{t_\alpha^2}{4e^2}. \] Cette formule est très utile pour préparer un plan d’essais ou une campagne de mesures.

Exemple — Dimensionner une campagne de contrôle qualité

Un ingénieur Qualité souhaite estimer le taux de pièces défectueuses \(p\) avec une marge d’erreur de 2 % au niveau de confiance 95 %. Combien de pièces doit-il contrôler ?

On pose \(e = 0{,}02\) et \(t_\alpha = 1{,}96\) (niveau 95 %).

\(p\) étant inconnu, on utilise le cas le plus défavorable \(p(1-p) \leq 1/4\) : \[n \geq \frac{(1{,}96)^2}{4 \times (0{,}02)^2} = \frac{3{,}8416}{0{,}0016} = 2401.\]

Il faut contrôler au moins 2 401 pièces pour garantir une précision de \(\pm 2\,\%\) à 95 % de confiance.

Impact du niveau de confiance : pour un niveau 99 % (\(t_\alpha = 2{,}576\)) : \[n \geq \frac{(2{,}576)^2}{4 \times (0{,}02)^2} \approx 4148.\]

Passer de 95 % à 99 % de confiance exige presque 1 750 mesures supplémentaires — c’est le coût de la confiance accrue.

Intervalle de confiance pour une moyenne

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un \(n\)-échantillon de loi \(\mathcal{N}(m, \sigma^2)\) (ou un échantillon i.i.d. quelconque avec \(n \geq 30\)). L’estimateur \(\overline{X}_n\) est sans biais de \(m\) et, par le TCL : \[\frac{\overline{X}_n - m}{\sigma/\sqrt{n}} \xrightarrow{\mathcal{L}} \mathcal{N}(0,1).\]

Définition — IC pour une moyenne (\(\sigma\) connu ou \(n \geq 30\))

Un intervalle de confiance pour \(m\) au niveau \(1-\alpha\) est : \[I_\alpha = \left[\overline{X}_n - t_\alpha\,\frac{\sigma}{\sqrt{n}};\; \overline{X}_n + t_\alpha\,\frac{\sigma}{\sqrt{n}}\right],\]\(t_\alpha = \Phi^{-1}(1-\alpha/2)\). Si \(n \geq 30\) et \(\sigma\) est inconnu, on le remplace par l’écart-type empirique corrigé \(S_n = \sqrt{S^2_n}\).

Cette formule a la même structure que pour une proportion : moyenne observée plus ou moins un multiple de l’erreur-type \(\sigma/\sqrt{n}\). Le terme \(\sigma/\sqrt{n}\) mesure la précision de la moyenne empirique.

Lorsque \(n < 30\) et \(\sigma^2\) est inconnu, on ne peut plus utiliser l’approximation normale. On utilise alors la statistique de Student : \[T_{n-1} = \frac{\overline{X}_n - m}{S_n/\sqrt{n}} \sim \mathcal{T}(n-1),\] et l’IC pour \(m\) au niveau \(1-\alpha\) devient \[I_\alpha = \left[\overline{X}_n - t\,\frac{S_n}{\sqrt{n}};\; \overline{X}_n + t\,\frac{S_n}{\sqrt{n}}\right],\]\(t\) est le fractile d’ordre \(1-\alpha/2\) de la loi \(\mathcal{T}(n-1)\). On remplace la loi normale par la loi de Student parce que l’incertitude porte à la fois sur la moyenne et sur l’écart-type : la loi de Student élargit l’intervalle pour refléter ce supplément d’incertitude.

Exemple — Calibration d’un capteur avec petit échantillon

On calibre un capteur à partir de \(n=9\) mesures supposées gaussiennes. On obtient une moyenne \(\overline{x}=10{,}4\) et un écart-type corrigé \(s=0{,}3\). Construire un IC à 95 % pour la moyenne vraie.

Ici, \(n<30\) et \(\sigma\) est inconnu : on utilise la loi de Student à \(8\) degrés de liberté. Au niveau 95 %, on prend \(t \approx 2{,}306\).

La demi-largeur vaut \[ t\,\frac{s}{\sqrt{n}} =2{,}306\times \frac{0{,}3}{3} =2{,}306\times 0{,}1 \approx 0{,}231. \]

Donc \[ I_{0{,}05}=[10{,}4-0{,}231;\;10{,}4+0{,}231] \approx [10{,}17;\;10{,}63]. \]

Avec un petit échantillon, l’IC est plus large que dans le cadre gaussien avec variance connue : c’est le prix de l’incertitude supplémentaire sur \(\sigma\).

Exemple 7 — Notes au baccalauréat

Dans un échantillon de 1 000 bacheliers, la moyenne des notes est 12,15 avec un écart-type de 2. Construire un intervalle de confiance pour la moyenne nationale au niveau 95 %.

\(n = 1000 \geq 30\), \(\overline{x} = 12{,}15\), \(s = 2\), \(t_\alpha = 1{,}96\).

On remplace \(\sigma\) par \(s = 2\) : \[\frac{s}{\sqrt{n}} = \frac{2}{\sqrt{1000}} \approx 0{,}0632.\]

\[I_{0{,}05} = [12{,}15 - 1{,}96 \times 0{,}0632;\; 12{,}15 + 1{,}96 \times 0{,}0632] \approx [12{,}026;\; 12{,}274].\]

On peut affirmer avec 95 % de confiance que la moyenne nationale est comprise entre 12,03 et 12,27.

Intervalle de confiance pour une variance

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un \(n\)-échantillon de loi \(\mathcal{N}(m, \sigma^2)\). La construction repose sur des lois du \(\chi^2\) :

  • Si \(m\) est connu : on utilise \(\hat{\sigma}^2_n = \dfrac{1}{n}\displaystyle\sum_{i=1}^n(X_i-m)^2\) et \(\dfrac{n\hat{\sigma}^2_n}{\sigma^2} \sim \chi^2(n)\).
  • Si \(m\) est inconnu : on utilise \(S^2_n = \dfrac{1}{n-1}\displaystyle\sum_{i=1}^n(X_i-\overline{X}_n)^2\) et \(\dfrac{(n-1)S^2_n}{\sigma^2} \sim \chi^2(n-1)\).

En notant \(t_1 = \chi^2_{n-1,\,\alpha/2}\) et \(t_2 = \chi^2_{n-1,\,1-\alpha/2}\) : \[P\!\left(\frac{(n-1)S^2_n}{t_2} \leq \sigma^2 \leq \frac{(n-1)S^2_n}{t_1}\right) = 1-\alpha.\]

Définition — IC pour une variance (\(m\) inconnu)

Un intervalle de confiance pour \(\sigma^2\) au niveau \(1-\alpha\) est : \[I_\alpha = \left[\frac{(n-1)S^2_n}{t_2};\; \frac{(n-1)S^2_n}{t_1}\right],\]\(t_1 = \chi^2_{n-1,\,\alpha/2}\) et \(t_2 = \chi^2_{n-1,\,1-\alpha/2}\) sont les fractiles de la loi \(\chi^2(n-1)\).

Définition — IC pour une variance (\(m\) connu)

Si la moyenne \(m\) est connue, on utilise l’estimateur \(\hat{\sigma}^2_n = \dfrac{1}{n}\displaystyle\sum_{i=1}^n(X_i - m)^2\), sans biais et convergent, tel que \(\dfrac{n\hat{\sigma}^2_n}{\sigma^2} \sim \chi^2(n)\).

Un intervalle de confiance pour \(\sigma^2\) au niveau \(1-\alpha\) est : \[I_\alpha = \left[\frac{n\hat{\sigma}^2_n}{t_2};\; \frac{n\hat{\sigma}^2_n}{t_1}\right],\]\(t_1 = \chi^2_{n,\,\alpha/2}\) et \(t_2 = \chi^2_{n,\,1-\alpha/2}\) sont les fractiles de la loi \(\chi^2(n)\).

Cet intervalle n’est pas symétrique autour de \(S_n^2\), ce qui est naturel : la variance est une grandeur positive dont la loi d’échantillonnage est pilotée par le \(\chi^2\), une loi asymétrique. La validité de ces IC repose fortement sur l’hypothèse de normalité ; en ingénierie, si cette hypothèse est douteuse, elle doit être vérifiée avant d’interpréter l’IC comme une garantie fiable sur la dispersion.

Exemple 8 — Variance des notes à un examen de certification

Dans un échantillon de 1 000 personnes, la moyenne est 12 et l’écart-type est 3. Construire un intervalle de confiance pour la variance des notes au niveau 95 %.

\(n = 1000\), \(S^2_n = 9\), \(\alpha = 0{,}05\).

On cherche \(t_1 = \chi^2_{999,\,0{,}025}\) et \(t_2 = \chi^2_{999,\,0{,}975}\). Pour \(n\) grand, on utilise l’approximation \(\chi^2_\nu \approx \mathcal{N}(\nu, 2\nu)\) : \[t_1 \approx 999 - 1{,}96\sqrt{2\times 999} \approx 911{,}3, \qquad t_2 \approx 999 + 1{,}96\sqrt{2\times 999} \approx 1086{,}7.\]

\[I_{0{,}05} = \left[\frac{999 \times 9}{1086{,}7};\; \frac{999 \times 9}{911{,}3}\right] \approx [8{,}27;\; 9{,}87].\]

On peut affirmer avec 95 % de confiance que la variance des notes est comprise entre 8,27 et 9,87.

Exercice 3 — Estimation du paramètre d’une loi de Poisson

On considère que le nombre de véhicules traversant un péage en une heure suit une loi de Poisson de paramètre \(\lambda\). La première semaine d’avril, on a compté entre 12 h et 13 h les nombres de véhicules suivants :

Jour lun mar mer jeu ven sam dim
Nombre 1131 820 925 1325 1005 965 850

Soit \((X_1, \ldots, X_n)\) un \(n\)-échantillon de cette loi.

  1. Déterminer la fonction de vraisemblance, la log-vraisemblance, et en déduire un EMV \(\hat{\lambda}_n\) du paramètre \(\lambda\).
  2. Montrer que cet estimateur est sans biais, convergent et efficace.
  3. Déterminer une estimation de \(\lambda\) à partir des données du tableau.

1. Les \(X_i\) sont i.i.d. de loi \(\mathcal{P}(\lambda)\) : \(P(X_i = x_i) = e^{-\lambda}\dfrac{\lambda^{x_i}}{x_i!}\).

Vraisemblance : \[L(x_1,\ldots,x_n;\,\lambda) = \prod_{i=1}^n e^{-\lambda}\frac{\lambda^{x_i}}{x_i!} = e^{-n\lambda}\,\frac{\lambda^{\sum x_i}}{\prod x_i!}.\]

Log-vraisemblance : \[\ell(\lambda) = -n\lambda + \Bigl(\sum_{i=1}^n x_i\Bigr)\ln\lambda - \sum_{i=1}^n \ln(x_i!).\]

\[\ell'(\lambda) = -n + \frac{\sum x_i}{\lambda} = 0 \implies \hat{\lambda}_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i = \overline{X}_n.\]

\(\ell''(\lambda) = -\sum x_i / \lambda^2 < 0\) : c’est bien un maximum. ✓

2. Sans biais : \(E(\hat{\lambda}_n) = E(\overline{X}_n) = \lambda\). ✓

Convergent : \(\mathrm{Var}(\hat{\lambda}_n) = \lambda/n \to 0\), donc convergent en moyenne quadratique (et en probabilité). ✓

Efficace : On calcule l’information de Fisher : \[I_n(\lambda) = E\!\left(-\frac{\partial^2 \ell}{\partial\lambda^2}\right) = E\!\left(\frac{\sum X_i}{\lambda^2}\right) = \frac{n\lambda}{\lambda^2} = \frac{n}{\lambda}.\]

La borne FDCR est \(BF(\lambda) = \dfrac{\lambda}{n} = \mathrm{Var}(\hat{\lambda}_n)\). L’estimateur atteint la borne : il est efficace. ✓

3. \(\hat{\lambda} = \overline{x} = \dfrac{1131+820+925+1325+1005+965+850}{7} = \dfrac{7021}{7} \approx 1003\).

Exercice 4 — Estimateurs de la moyenne et de la variance d’une population

Soit une population de moyenne \(m\) et de variance \(\sigma^2\). On note \(\mu_4 = E\!\left[(X_1-m)^4\right]\).

1. On suppose \(m\) inconnue.

  1. Donner un estimateur sans biais et convergent de \(m\).

  2. Donner un estimateur sans biais et convergent de \(\sigma^2\).

2. On suppose \(m\) connue. On pose \(V_n = \dfrac{1}{n}\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i - m)^2\) et \(S^2_n = \dfrac{1}{n-1}\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i - \overline{X}_n)^2\).

On rappelle que \(\mathrm{Var}(V_n) = \dfrac{\mu_4 - \sigma^4}{n}\) et \(\mathrm{Var}(S^2_n) = \dfrac{\mu_4}{n} - \dfrac{n-3}{n(n-1)}\,\sigma^4\).

  1. Donner deux estimateurs sans biais de \(\sigma^2\). Expliquer pourquoi l’un d’eux ne pouvait pas être utilisé dans le cas \(m\) inconnue.

  2. Comparer ces deux estimateurs.

1a. \(\overline{X}_n = \dfrac{1}{n}\displaystyle\sum_{i=1}^n X_i\) est sans biais (\(E(\overline{X}_n)=m\)) et convergent (\(\mathrm{Var}(\overline{X}_n)=\sigma^2/n \to 0\)).

1b. \(S^2_n = \dfrac{1}{n-1}\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i-\overline{X}_n)^2\) est sans biais (\(E(S^2_n) = \sigma^2\)) et convergent (\(\mathrm{Var}(S^2_n) \to 0\)).

2a. Deux estimateurs sans biais de \(\sigma^2\) lorsque \(m\) est connu :

  • \(V_n = \dfrac{1}{n}\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i-m)^2\) : puisque \(E\!\left[(X_i-m)^2\right] = \sigma^2\), on a \(E(V_n) = \sigma^2\) (sans biais). Cet estimateur utilise la vraie moyenne \(m\) : il ne peut pas être utilisé lorsque \(m\) est inconnue.
  • \(S^2_n = \dfrac{1}{n-1}\displaystyle\sum_{i=1}^n (X_i-\overline{X}_n)^2\) : toujours sans biais, utilisable que \(m\) soit connu ou non.

2b. Comparons leurs variances : \[\mathrm{Var}(S^2_n) - \mathrm{Var}(V_n) = \frac{\mu_4}{n} - \frac{n-3}{n(n-1)}\,\sigma^4 - \frac{\mu_4 - \sigma^4}{n} = \frac{\sigma^4}{n} - \frac{n-3}{n(n-1)}\,\sigma^4 = \frac{2\sigma^4}{n(n-1)} > 0.\]

Donc \(\mathrm{Var}(V_n) < \mathrm{Var}(S^2_n)\) : lorsque \(m\) est connu, \(V_n\) est meilleur que \(S^2_n\) au sens de l’erreur quadratique.

Exercice 5 — Estimateur d’une proportion

Soit \(p \in ]0,1[\) et \(n \in \mathbb{N}^*\). Une population contient une proportion \(p\) d’individus présentant une caractéristique \(c\). On considère un échantillon \((X_1, \ldots, X_n)\)\(X_i = 1\) si le \(i\)-ème individu présente la caractéristique et \(X_i = 0\) sinon.

On note \((x_1, \ldots, x_n)\) une réalisation de cet échantillon.

  1. En remarquant que pour \(x_i \in \{0,1\}\), \(P(X_i = x_i) = p^{x_i}(1-p)^{1-x_i}\), déterminer la vraisemblance \(L\) et la log-vraisemblance \(\ell\).
  2. En déduire l’EMV \(\hat{p}_n\) du paramètre \(p\) et vérifier qu’il est sans biais et convergent.
  3. (Subsidiaire) L’estimateur \(\hat{p}_n\) est-il efficace ?

1. Les \(X_i\) sont i.i.d. de loi \(\mathcal{B}(p)\) :

\[L(x_1,\ldots,x_n;\,p) = \prod_{i=1}^n p^{x_i}(1-p)^{1-x_i} = p^{\sum x_i}\,(1-p)^{n-\sum x_i}.\]

\[\ell(p) = \Bigl(\sum x_i\Bigr)\ln p + \Bigl(n - \sum x_i\Bigr)\ln(1-p).\]

2. \(\ell'(p) = \dfrac{\sum x_i}{p} - \dfrac{n-\sum x_i}{1-p} = 0\), d’où : \[\hat{p}_n = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i = \overline{X}_n.\]

\(\ell''(p) = -\dfrac{\sum x_i}{p^2} - \dfrac{n-\sum x_i}{(1-p)^2} < 0\) : c’est bien un maximum. ✓

Sans biais : \(E(\hat{p}_n) = E(\overline{X}_n) = p\). ✓

Convergent : \(\mathrm{Var}(\hat{p}_n) = \dfrac{p(1-p)}{n} \to 0\). ✓

3. Information de Fisher : \[I_n(p) = E\!\left(-\ell''(p)\right) = E\!\left(\frac{\sum X_i}{p^2} + \frac{n-\sum X_i}{(1-p)^2}\right) = \frac{np}{p^2} + \frac{n(1-p)}{(1-p)^2} = \frac{n}{p} + \frac{n}{1-p} = \frac{n}{p(1-p)}.\]

La borne FDCR est \(BF(p) = \dfrac{p(1-p)}{n} = \mathrm{Var}(\hat{p}_n)\).

L’estimateur atteint la borne : \(\hat{p}_n\) est efficace. ✓

Exercice 6 — Estimation pour une loi inconnue

Voici un échantillon de 10 valeurs de loi inconnue : \[0 \quad 1 \quad 2 \quad 0 \quad 2 \quad 2 \quad 1 \quad 2 \quad 1 \quad 1\]

On donne \(\displaystyle\sum x_i = 12\) et \(\displaystyle\sum x_i^2 = 20\).

  1. Déterminer des estimations non biaisées de la moyenne et de la variance de cette loi.
  2. On choisit de modéliser l’expérience par une loi binomiale \(\mathcal{B}(2, p)\). Déterminer à l’aide de la moyenne empirique une estimation non biaisée de \(p\).

1. \(n = 10\).

Moyenne : la moyenne empirique \(\overline{x} = \dfrac{\sum x_i}{n} = \dfrac{12}{10} = 1{,}2\) est un estimateur sans biais de \(E(X)\).

Variance : l’estimateur sans biais est la variance corrigée : \[s^2 = \frac{1}{n-1}\left(\sum x_i^2 - n\overline{x}^2\right) = \frac{1}{9}\left(20 - 10 \times 1{,}44\right) = \frac{5{,}6}{9} \approx 0{,}622.\]

2. Si \(X \sim \mathcal{B}(2, p)\), alors \(E(X) = 2p\), d’où \(p = \dfrac{E(X)}{2}\).

L’EMM de \(p\) est \(\hat{p} = \dfrac{\overline{x}}{2} = \dfrac{1{,}2}{2} = 0{,}6\).

Cet estimateur est sans biais car \(E(\hat{p}) = \dfrac{E(\overline{X}_n)}{2} = \dfrac{2p}{2} = p\). ✓

Stratégie de travail en estimation. Le tableau suivant résume le bon enchaînement : modéliser, choisir l’estimateur, identifier sa loi, puis interpréter le résultat dans le contexte opérationnel.

Situation Estimateur naturel Loi / outil à mobiliser Question métier typique
proportion inconnue \(\hat{p}_n\) Bernoulli, binomiale, approximation normale quel taux de défaut ou d’acceptation ?
moyenne inconnue \(\overline{X}_n\) normale, TCL, Student quelle performance moyenne garantir ?
variance inconnue \(S_n^2\) loi du \(\chi^2\) quelle variabilité ou quelle stabilité du procédé ?
paramètre d’une loi paramétrique EMM ou EMV moment(s), vraisemblance, Fisher quel paramètre rend le modèle crédible ?
À retenir
  • Un bon estimateur doit être sans biais (ou asymptotiquement sans biais) et convergent. Pour des estimateurs sans biais, l’efficacité se mesure par la variance.
  • La méthode des moments est simple à mettre en œuvre ; la méthode du maximum de vraisemblance donne en général des estimateurs plus efficaces et possède des propriétés d’invariance utiles.
  • Un intervalle de confiance au niveau \(1-\alpha\) est une procédure qui, répétée sur de nombreux échantillons, produit un intervalle contenant le vrai paramètre dans \((1-\alpha)\times 100\,\%\) des cas.
  • Lois pivots à connaître :
    • Proportion et grande moyenne : \(\mathcal{N}(0,1)\)
    • Petite moyenne avec \(\sigma^2\) inconnu : \(\mathcal{T}(n-1)\)
    • Variance (\(m\) inconnu) : \(\chi^2(n-1)\)
    • Variance (\(m\) connu) : \(\chi^2(n)\)
  • Information de Fisher et borne FDCR : la variance d’un estimateur sans biais ne peut descendre en dessous de \(1/I_n(\theta)\). Un estimateur atteignant cette borne est dit efficace ; s’il existe, c’est un EMV.